REFIT: la boiserie

Pour ce deuxième article dédié au refit – le premier, c’était autour de la peinture –> lire ici -, nous parlons boiserie! Nous avons interviewé Anthony Avezard, professionnel depuis plus de 20 ans dans le teck à bord maintenant de son entreprise Bois & Boat.

Quel est le travail à prévoir pour appliquer du teck sur une surface neuve en gelcoat?

Anthony Avezard: La première étape consiste au ponçage et au dégraissage afin d’obtenir une surface totalement lisse. Ensuite, c’est la prise de gabarit puis la fabrication en atelier. Nous préferons toujours travailler sur plusieurs panneaux, et non sur un seul, c’est plus simple pour plusieurs raisons. D’abord, le transport d’un seul panneau peut être compliqué. De plus si des imperfections surviennent, il faudra faire une intervention totale. Finalement, on colle et on respecte le temps de séchage avant de poncer. C’est l’étape finale pour un rendu parfait.

Respecter le temps de séchage… celà peut prendre beaucoup de temps? Différent selon la météo?

A. A.: Effectivement, entre été et hiver le temps de séchage peut varier de 10 jours. Sous 8 degrés, c’est impossible de coller. Quand il fait chaud et surtout si nous travaillons avec une épaisseur de teck fine, en 24H c’est sec au contact!

L’épaisseur du teck, quels sont les conseils?

A. A.: C’est bien de travailler avec un teck d’une épaisseur minimum de 6 milimètres; après selon le projet et les envies, nous pouvons aller jusqu’à 20 milimètres. Tout dépend aussi de si nous traitons de lattes de joint en profondeur ou bien en feuillure. Avec le système en feuillure, il y a moins de quantité de joint à appliquer… Là-dessus, certains chantiers jouent sur l’épaisseur du joint afin de gagner sur le devis.

Existe-t-il différentes qualités de teck?

A. A.: Totalement.

La différence la plus grande nous la retrouvons entre le teck provenant d’Asie et celui d’Afrique. Ce dernier, personne ne le travaille. Très souvent vert, c’est à dire, provenant de plantation, le coût est trois fois moins cher. En Asie, il y a le teck birman, le meilleur, il est gras, dense…; puis le laotien, d’une super qualité aussi.
Selon la qualité et la partie du teck acheté, le prix de la matière première peut varier du simple au double à l’achar pour l’artisan, et donc, pour le client final. Le coeur, par exemple, coûte toujours plus cher. Après, il est possible de trouver du teck de second choix 5 à 8 fois moins cher… Comme nous le retrouverons souvent sur du mobilier de jardin de grande distribution, voir même de l’eucalyptus teinté en teck.

Comment reconnaître le vrai du faux?

A. A.: Le teck, bois lourd pour commencer, gardera toujours un touché gras, il y a toujours une pellicule restante sur les doigts. Visuellement, on voit celà avec le temps.. le faux craque, sèche, vrille. Puis finalement, le prix. Une Lamborghini ne sera jamais au même prix qu’une Dacia.

Et le contreplaqué dans tout cela?

A. A.: Les Sessa comme les Sunseeker, entre autre, ont un support en contreplaqué avec un plaquage en teck de 3 milimètres sur leurs plages arrières. Ils ont quand même l’appellation teck massif, car celle-ci s’aplique à partir d’un milimètre d’épaisseur.
De même pour les joints, il y a différentes qualités. Certains pourront être ponçés plus de fois que d’autres. De même pour la colle, qui joue un rôle super important.

C’est bien pour cela que le teck est un domaine très large et très pointu.
Il faut absolument tout prendre en compte. Par exemple, sur un voilier, vu le design, la pose du teck c’est lame par lame. Un yacht, par contre, c’est rectiligne, il y a donc moins de découpes. Plus il y a d’arrondies, plus il y a de chutes de bois, plus il y a de temps de pose.. et tout celà a un coût. Donc pour une même surface, le devis peut doubler.

Quel est le bon entretien? Quels sont les mauvais gestes? Le Karcher, par exemple?

A. A.: Pour le Karcher, tout dépend de la méthode d’application “mieux vaut être trop loin que pas assez” et surtout de la force. Avec un karcher d’une puissance élévée, il est plus probable de pelucher la fibre du bois.
La meilleure solution? Au jet, utiliser une brosse à poils souples avec un dégriseur, type le 1+2. Les vieilles méthodes telles que l’eau salée sont très bien aussi. Généralement, celà prendra plus de temps car l’agression est moins directe mais le résultat est tout aussi bien, tout comme le percarbonate de soude, ou bien même l’acide oxalique. Très efficace et naturel, avec celui-ci, il faut faire attention avec les joints en caoutchouc qui ne résistent pas. Avec ce type de produits, une des choses vraiment importantes est de bien savoir préparer le produit à l’emploi! Ce ne sont pas des produits industriel prêts pour une application directe… Le percarbonate de soude, par exemple, il faut le dissoudre dans de l’eau à une certaine température.
L’autre avantage des recettes de grand-mère? Dans les produits industriels, impossible de savoir ce qu’il y a réellement dedans. Le percarbonate, lui, c’est de la craie..

Quand s’occuper du dégrisement?

A. A.: En début et en fin de saison. Tout dépend aussi du taud de protection, selon s’il cache totalemement ou partiellement du soleil. Tout comme si il y a hivernage ou pas du bateau.

En parlant d’entretien, quoi faire avec un tâche de gras.. tel qu’après avoir découpé du saussison sur la table? (rire)

A. A.: Rien de mieux que le K2r en bombe ou en spray ou bien la terre de sommières. Ces produits enlèvent le gras et le tanin du bois.. donc attention encore une fois! Il faut enlever la tâche le plus vite possible, attendre que ça mousse puis rincer dès que ça sèche. Le nettoyage avec la terre de sommières, étant un produit moins agressif, prendra plus de temps.

Vernis ou pas vernis?

A. A.: Ici, nous sommes plutôt pour les saturateurs. Ces produits gardent l’aspect visuel du bois sur une période courte. En effet, il n’est pas possible d’appliquer un produit et prétendre qu’il tiendra un an. Les fabricants préconisent deux couches qui tiendra trois à quatre mois.
C’est l’option en début de saison. Après, l’avantage du saturateur c’est qu’il est possible de l’arrêter à n’importe quel moment.
Le vernis ou autres, quand à eux, créent une légère pellicule. C’est pour celà qu’avec le temps ils s’écaillent. Le saturateur s’enlève tout doucement, comme le bronzage. Ensuite, un teck vernis qui s’écaille, il suffit de le poncer pour le récupérer.
Le vernis s’applique le plus souvent sur les mains courantes. Un sol vernis nous le retrouverons sur les Riva… Le chantier passe 30 couches de vernis. Et là, on rentre en chaussettes! C’est exceptionnel à un Riva. En règle générale, on pose trois couches et nous sommes sur des garanties de trois à quatre ans, ce n’est pas énorme…

L’entretien est-il le même pour les boiseries extérieures?

A. A.: À usage égal, l’horizontal vieillit plus vite que le vertical. Une surface horizontale prend plus de rayonnements UV en direct, ainsi que les parties moins bien protégées que les autres.

Suite à une pose de teck neuf, combien de temps est-il nécessaire pour égaliser le rendu face à un teck ancien?

A. A.: Au printemps, il faut compter deux à trois mois, beaucoup moins l’été. La grande différence s’estompe rapidement, sauf l’hiver car il y a moins d’UV.

Et du vert sur du teck?

A. A.: C’est de l’humidité, de l’eau qui stagne. Si ça pénètre le bois, celà devient noir… comme pour tout, le teck demande de l’entretien, annuel comme quotidien.

Pour l’entretien des joints? Y-a-t’il quelque chose en particulier?

A. A.: Rien! En principe, s’il y a des tâches sur des joints c’est un défaut de fabrication… selon la marque. Ce n’est pas une question d’ancienneté.
Après, certaines tâches peuvent apparaître à la suite de l’application d’un produit, tels les solvants de peinture. Bien que tout dépendra aussi de la qualité des joints et de la fabrication… Certains joints durent 20 ans, d’autres 5 ans. La solution face à un joint abîmé est de le changer. Par contre, ceci peut se faire uniquement sur une surface de teck épaisse.

Nous avons parlé de la pose de teck sur surface propre. Comment celà se passe-t-il avec la dépose de nouveau teck?

A. A.: Tout dépend de ce qu’il y a en dessous et de plus seulement à l’oeil c’est compliqué de le voir.. ça peut se percevoir si il y a des souplesses à certains endroits, mais en principe tant que le teck n’est pas enlevé c’est impossible de savoir ce qu’il y a en dessous et en quel état. Le contre-plaqué s’abîme 10 fois plus vite que le teck donc si la structure est faite en contre-plaqué sous 2 cm de teck ce n’est pas seulement celui-ci qu’il faut changer, c’est la structure aussi. C’est délicat… Et c’est bien pour celà qu’il est important de bien demander quelles sont les étapes prises en compte dans le devis pour ne pas avoir de surprises.
Après, selon les gammes de bateau, il est possible de seulement poncer, changer les joints, ou devoir changer intégralemet le teck même si le bateau est récent… celà dépend de la qualité du chantier.

Pour les intérieurs, on est sur du teck?

A. A.: Habituellement ce n’est pas du teck, c’est plutôt du stratifé. Actuellement, on en voit beaucoup en aspect de pont, c’est plus moderne, ou bien aspect lame de parquet d’une couleur plus claire. Ça peut être aussi du vinyl, pareil, en aspect lame de parquet, ou en fibres tressées en coco ou fibres synthétiques.
À l’époque, les intérieurs de bateau étaient en bois. Maintenant,, en plus du coût cela demande un certain entretien. Pour abîmer un stratifié, il faut vraiment en vouloir! La tendance change… Tout comme d’ici peu, il n’y aura sûrement plus de moquettes dans les cabines. La moquette c’est des acariens, du boulot d’entretien…

Et pour les meubles intérieurs, on est sur quel type de matière?

A. A.: Le plus souvent sur du contre-plaqué. C’est à dire, un support en contre-plaqué avec plaquage. Celui-ci peut être en merisier, en chêne d’amérique, en aspect teck… en n’importe quel bois! Après, il y a de plus en plus de stratifié. De même que le design et la modernité de la déco nous amènent vers d’autres produits comme la peinture applicable sur bois pour un effet métallisé… La pose de bois, actuellement, dépend vraiement de la gamme du bateau.
Les bois vernis d’aspect brillant, celà reste dépassé. De plus en plus de bateaux, tous droit sortis d’un refit total montrent de la matière brute, c’est plus tendance. Sur un refit partiel, il faut bien entendu s’adapter aux matériaux présents pour ne pas dénaturaliser la pièce. Ensuite, question refit sur un bateau, tout est vraiment possible…

Le dossier le plus fou?

A. A.: Le plus fou? Passer un catamaran charter avec 5 cabines et 5 salles de bain en version propriétaire avec 2 cabines, une salle de bain, un dressing et une bibliotèque. Il faut tout découper, tout disquer, en passant par des passages de portes pas forcément grands… Là, ça a été 6 mois complets sur ce catamaran de 65 pieds.
Le plus long? Un Princess V65, pour un refit exterieur total des tecks. Du sol à la plage arrière, en passant par l’escalier, la proue, le cockpit… tout!
Les chantiers les plus courants tournent autour du teck et la plupart du temps ce sont des chantiers de 15 jours. Puis selon la saison, les travaux sont différents. En ce moment, au printemps été, c’est beaucoup de caillebotis, c’est-à-dire, tout ce qui est en quadrillage comme les passerelles, les fonds de bac à douche, etc.. Nous faisons aussi beaucoup de cockpit. En principe, ce sont les parties extérieures que nous allons travailler à ce moment là. Logique, les propiétaires veulent un bateau agréable surtout en exterieur pour les beaux jours… les chantiers d’hiver sont plus longs, c’est plutôt des intérieurs, les cabines du sol au plafond. En puis pour nous, en plus, c’est plus agréable ce rythme là.

On voit de plus en plus de stratifé… on entend aussi parler du “flexiteek”?

A. A.: Le flexiteek c’est du plastique termo soudé. De plus c’est un monopole, c’est donc forcément plus cher que le teck. Pour le travailler c’est simple, il suffit d’envoyer le patron à fabriquer puis de le poser. Là, une plage arrière, c’est un seul morceau. Alors que comme nous le disions avant avec le teck nous travaillons normalement lame par lame.
Ainsi, si un coin ou une petite partie s’abîme, il n’y a rien à faire, il faut tout changer.. ce n’est pas comme avec le teck où là, si un coin s’abîme, il suffit de changer les lames en question.
Le grand avantage? C’est l’étanchéité que va gagner le bateau. Puis zéro entretien! A contrario, le bois reste une matière vivante…
Un autre inconvénient? C’est une matière très, très chaude… à cause de la grosse absorption d’UV. La matière absorbant le moins c’est le liège, le teck et finalement le synthétique comme le flexiteek. Sans compter l’anti-dérapant blanc qui absorbe le moins.
À qualité égale, le synthétique n’est pas moins cher que le teck, loin de là… après, les avantages et les inconvénients de chacun sont souvent des arguments commerciaux tels que “utiliser du synthétique c’est ne pas abattre une forêt”… Aussi, le flexiteek c’est un monopole donc pour nous les professionnels il n’y a presque aucune marge de négociation sur les prix d’achat.
Finalement, nous faisons intervenir d’autres corps de métiers donc le devis monte… De même, la garantie est pour nous.

Et le liège dans tous ça?

A. A.: Le liège s’achète en rouleaux, il y a différentes épaisseurs. On peut l’avoir en lames individuelles bien que le plus souvent ils assemblent des panneaux afin de gagner du temps.
Selon le fabricant, ce sera 90% de liège broyé puis de la colle en polyuréthane pour assembler les grains. Chez d’autres, c’est de la sciure à 50% avec de la colle.
La qualité, l’élasticité et le prix ne sont pas les mêmes… c’est comme pour les bouchons de vins.

Les projets de refit, c’est du cas par cas. Et puis tout change à tous niveaux.
Avant, les fabricants séchaient le bois avant de le vendre prêt 2 à 3 ans après la coupe… maintenant, c’est de la livraison 3 mois après la coupe.
D’autre part, ça n’a rien à voir une table de cockpit en bois massif qu’en contreplaqué. D’abord, ce n’est pas le même prix, puis l’avantage du contre-plaqué c’est qu’il y aura moins de déformation. Pour chaque projet, une matière peut s’adapter mieux qu’une autre. D’autant plus, si nous tenons compte de ce que nous disions avant par rapport au temps de séchage avant livraison…

Comment calculer le devis?

A. A.: C’est une estimation par rapport aux heures de travail. Puis l’expérience aide énormément… Deux bateux d’une même forme et de même taille, en principe, le travail sera le même.
Ensuite, la main d’oeuvre peut aussi se calculer sur le mêtrage, seulement si le bateau est rectiligne.
Finalement, plus le chantier est grand, plus le prix est dégréssif…

Merci Anthony! Avant de se quitter, un petit topo sur votre expérience?

A. A.: J’ai commençé chez Catana, une très belle expérience. Les projets vont de la coque vide jusqu’à l’intérieur du bateau… tu participes à toutes les étapes de construction: depuis la partie technique jusqu’à la partie design des meubles… Après 12 ans chez eux, il y a 8 ans, j’ai monté ma propre entreprise.

Vous avez un projet en tête? Contactez-nous!

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